« Même s’il peut y avoir empreintes, badigeonnages, rehaussements, l¹essentiel est dans le grattage, le pistage, la fouille minutieuse comme dans un site archéologique, la chasse aux fantômes cachés entre deux épaisseurs ou niveaux » Michel Butor, écrivain.

« Pierre-Marie Brisson évolue avec talent dans la voie assez inclassable d’une œuvre abondante et en perpétuelle mutation. » Patrick-Gilles Persin, critique et historien.

« Ces images nous rappellent quelque chose, un souvenir doux et précieux, un entraperçu lointain… » Jean Rouaud, écrivain.

[Revue de presse]

<< PROJECTIONS, Michel Butor

in PIERRE MARIE BRISSON, Michel Archimbaud Editions, 1997
Texte repris dans :
- Fusées, n°2, septembre 1998, p.51.
Et en partie dans :
- Pierre Marie Brisson, Traces, Somogy éditions d'art, 2001, pp.15 et 20

Réduits à leurs attitudes comme les personnages dont les bushmen d¹on ne sait quel temps, ont fixé l¹ombre sur les parois rocheuses du Zimbabwe, non seulement les personnages, mais les animaux et les plantes et même certains objets, étonnamment vivants, tels des corps glorieux, dans cette simplification qui accentue ici, allonge là, souligne non seulement le mouvement mais l¹effort, la patience, le guet parmi les herbes et les buissons ; pourtant ce n¹est pas une paroi rocheuse ici, mais de la toile ou du papier, une sorte de caverne urbaine ou plutôt suburbaine, faubourienne, une sorte de tente, non pas dressée mais creusée dans un conglomérat de couches textiles et culturelles venues se déposer dans une obscurité avide à partir de mille coins du monde, perdant, lors de ce déménagement généralisé les labels d¹origine, marques de fabrique, tampons de vérificateurs, expéditeurs, douaniers et distributeurs ;et le guet n¹est pas plus dans la savane ou la brousse, mais dans les ruelles, les décharges, cages d¹escalier, vestibules d¹universités à la dérive ou d¹administrations branlantes ; aussi, même s¹il peut y avoir empreintes, badigeonnages, rehaussements, l¹essentiel est dans le grattage, le pistage, la fouille minutieuse comme dans un site archéologique, la chase aux fantômes cachés entre deux épaisseurs ou niveaux, les surprendre dans leur léthargie, les rendre au vif, les débusquer avec le scalpel aux airs innocents de la lanterne magique dans le papier peint de la chambre aux enfants, les lâcher sur cette scène ou cette arène qui se creuse avec ses échafaudages et projecteurs, cet après-midi de nymphes et faunes, ce bain thermal, cette fontaine de jouvence, cet outremer lumineux comme celui d¹une grotte d¹Amalfi qui donnerait sur l¹autre côté de la Terre, sur l¹autre siècle ou millénaire, sur l¹autre face juvénile et libératrice du double ou triple zéro, l¹autre face de ce zéro fondamental explosif dont, selon les savants du jour, nous serions une improbable projection.